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Life's Decay - Interview

Hell Hina : Pouvez-vous nous faire un rapide historique du groupe ?

Lyktwasst : J’ai créé Life’s Decay en 2003 à Paris avec la volonté de créer des sons, des musiques qui me ressemblent. Après avoir fait le tour de nombreux paysages musicaux, participé à des groupes, j’avais l’envie de créer ce que j’avais envie d’entendre et que je ne trouvais pas ou plus forcément. Le projet a donc débuté ainsi. Par la suite, après le premier album “Art Decay Extremism”, j’ai rencontré Alea qui a rejoint Life’s Decay. Elle y a tout d’abord apporté sa voix, puis plus tard, ses textes et ses notes, et nous sommes devenus un réel duo.

Life’s Decay est né il y a huit ans, vous imaginez combien le projet a pu évoluer en fonction de nos désirs, de nos inspirations etc… Pour nous il s’agit d’une page très importante dans nos vies. Nous sommes passés par des styles musicaux divers tout en gardant toujours notre univers sombre et mystérieux. Nos influences principales se situent dans la musique industrielle, classique, dark expérimental et nous avons parfois ajouté une part de folk, d’électronique, de pop-rock, de steampunk etc… Les derniers albums ont été marqués par la part belle à l’acoustique. La partie visuelle de notre projet est primordiale. J’ai créé tout cet univers graphique depuis 2003 jusqu’à aujourd’hui. Musique et visuels sont indissociables dans Life’s Decay

Hell Hina : Comment se passe la composition ? Vous n’êtes que deux dans le groupe et pourtant, on peut entendre une pléthore d’instruments, du violon, au piano en passant par la guitare !

Lyktwasst : Life’s Decay est véritablement un projet studio au départ. Nous avons pris un plaisir infini à jouer tous les instruments et les assemblant sur notre palette comme des touches de peinture. C’est ainsi que nous pensons la composition. Dès le début de l’aventure, il y a toujours eu dans notre musique une part d’acoustique, mais assez minime. Notre envie, spécialement après l’album “Szilentia” était de créer une musique entièrement acoustique, y compris par rapport à la rythmique. Nous avons alors apporté le violoncelle, le violon, le piano, la basse, la guitare et l’infinité de petits sons que nous avons enregistrés pour former la base rythmique des morceaux.

Ces petits sons étaient aussi bien des bruits de verre, de métal, d’objets du quotidien entrechoqués etc. Ces bruits traduisent l’envie d’une musique très intime… Nous n’avons jamais souhaité faire jouer d’autres musiciens dans notre projet, je pense que durant toute cette époque de Life’s Decay, avant l’envie de jouer la musique live, nous étions véritablement dans notre cocon tous les deux, dans notre studio à enregistrer tous nos instruments ensemble, composant ensemble etc. Il n’y avait de place que pour nous deux.

Hell Hina : Vous m’avez principalement scotché sur place grâce à votre style de musique à la fois fantomatique et industriel, avec quelques tournant surprenant comme le côté cowboy sur Cavaleraie, ou le batcave sur Exalyne. Quelles sont vos sources d'influence qui contribuent à votre univers ?

Alea : Comme vous le dîtes, ce sont ces diverses influences très différentes qui composent l’essence de notre musique. Nous ne tenons pas en place ! Nous écoutons un tas de musique très différentes et ce qui est intéressant également c’est que Lyktwasst et moi nous apportons réciproquement des influences nouvelles. Nos goûts sont larges, personnellement je suis très influencée par les artistes féminines aux univers puissants comme Kate Bush, Coco Rosie, Agnès Obel, Queen Adreena, Hole, Lydia Lunch, The Do, etc… Vous voyez tout à fait que mes goûts sont très eclectiques. Je ne cite ici que des chanteuses féminines mais j’aime également beaucoup d’autres groupes.

Hell Hina : En ce qui concerne les textes, axés sur l’émotionnel, j’ai pu retrouver un certain Bonnefoy comme inspiration dans les textes. Pouvez-vous m’en dire plus, ce nom n’évoquant en moi qu’un ouvrage pénible du bac littéraire ?

Alea : Je constate que vous êtes très bien renseigné ! En effet, Yves Bonnefoy fait partie de mes inspirations dans mes textes comme dans mon art en dehors de la musique. Lorsque j’ai découvert son écriture, j’ai eu un véritable déclic. J’ai pu, grâce à lui, ouvrir des portes jusqu’à lors fermées. Sa poésie naturelle, sa force puissante, tout m’attire dans son écriture. Les thèmes très intimes dont il traite trouvent écho en moi et dans mes propres problématiques. De plus, c’est un merveilleux critique d’art, donc son travail m’intéresse davantage encore.

La littérature est très importante pour moi. C'est justement par la lecture, par Haruki Murakami et Yôko Ogawa qui font partie de mes auteurs favoris, que j'ai entrouvert la porte d'un monde qui m'a littéralement happée et qui a nourri et modifié en profondeur ma volonté artistique et mon travail. La littérature est une encre dans ma pratique de la musique mais aussi dans mon art. Elle n'induit pas nécessairement une narration dans mon travail mais me pousse au contraire à l'essentiel, de sa force souterraine et vitale. La littérature trace le sillon de ma pensée.

Hell Hina : Pourquoi avoir choisi le français pour les paroles ?

Alea : C’est mutuellement et d’un commun accord que j’ai toujours écrit en français, je crois même que nous n’avons jamais parlé de ce choix au départ. C’est quelque chose qui s’est imposé à nous, à moi. Il s’agit de ma langue, que j’aime parler et écrire et les mots que je dis sont trop intimes et complexes pour que je les exprime dans une autre langue que je ne maîtriserais pas aussi bien que ma langue maternelle. C’est de plus une langue superbe, qui a un très beau phrasé et une belle consonance. Pour l’instant, je continuerai d’écrire en français, mais qui vivra verra ! Nous ne nous fermons aucune porte.

Hell Hina : Outre la sortie d’un vinyl, votre principale actualité me parait être la nécessité de faire des concerts suite au naufrage de Myspace, réseau social auquel vous sembliez très attachés. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Lyktwasst : En effet, nous étions attachés à une certaine idée d’Internet par rapport à la diffusion de la musique et la découverte de groupes émergents. Nous en parlons longuement dans notre blog. C’est arrivé assez soudainement mais Internet a beaucoup changé depuis deux ans environ. Nous rencontrions beaucoup de fans sur Myspace, ce réseau social comportait alors des visages, des noms, beaucoup d’échange et de partage. Aujourd’hui, nous pouvons dire que Myspace est davantage un vaisseau fantôme qu’un réseau social actif.

Je pense que beaucoup se sont tournés vers Facebook, mais ce site n’est pas fait pour les musiciens. Notre envie de partager notre musique live est aussi venue du fait que nous sentons qu’une page est en train de se tourner. Comme je le disais, cela fait 8 ans maintenant que Life’s Decay a été créé, et 7 albums ont vu le jour, ainsi qu’un vinyle et un EP. Cela fait beaucoup… Aujourd’hui, nous avons envie de prendre le temps davantage pour faire les choses, ou de faire différemment peut-être. Notre musique est très difficile à adapter en live, donc il faut tout repenser, c’est ce que nous faisons actuellement.

Hell Hina : Comment se passent les auditions du groupe ? Que recherchez-vous comme profil pour intégrer Life's Decay ? Ayant vécu cette aventure à deux ces dernières années, est-ce que vous êtes sévère dans la sélection des futurs membres ?

Lyktwasst : Nous avons passé quelques temps à chercher des musiciens pour notre projet, nous cherchions essentiellement la motivation et très honnêtement nous ne l’avons pas trouvée. La musique est un univers dur où il est souvent compliqué de pouvoir en vivre et nous ne cherchions pas des personnes que nous pourrions rémunérer. Life’s Decay a une large discographie mais aucune expérience de la scène donc c’est un projet ambigü et particulier.

Ces derniers mois ont été complexes pour nous, nous sommes passés par des tas d’émotions très diverses, excitation, puis découragement etc… Nous avons mis en pause le projet finalement, pour réfléchir à son futur. Notre amour de la musique est toujours là mais nous réfléchissons énormément à l’avenir de Life’s Decay actuellement. Nous avons peut-être tourné une page. Alea et moi avons de nouvelles envies et de nouveaux projets donc tout est encore à construire, et c’est cela qui est excitant et passionnant.

Hell Hina : Lyktwasst, à l’instar des pochettes de disque du groupe, comptes-tu apporter une dimension graphique lors de vos live ?

Lyktwasst : Alea et moi avons l’envie de lier davantage nos univers picturaux à notre musique. Alea est étudiante à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris et je suis graphiste et je pratique aussi le dessin et la peinture. Nous voulons trouver le moyen de tout lier davantage. Nous avons beaucoup d’idées concernant l’univers de nos live. Nous voulons qu’ils soient de vrais univers plastiques, que cela soit une performance outre la musique. Tout cela est en réflexion actuellement, nous y travaillons activement !

Hell Hina : Adeptes du DIY, comment faîtes-vous pour combiner vie professionnelle et musique ?

Alea : Quand tout est fait avec passion, on y arrive. Personnellement, pas toujours évident de combiner mon travail aux Beaux-arts avec tout l’investissement que cela demande puisqu’il s’agît d’une vraie façon de vivre de tous les instants, il n’y a pas d’horaires de travail… Je pense mes pièces en permanence, je dessine beaucoup, je conçois des expositions etc. Mais comme je n’ai pas d’horaires particuliers, je peux m’organiser. Lyktwasst travaillant à son compte et organisant son temps comme il le souhaite, nous réussissons plutôt bien. Mais c’est un choix de vie, celui de faire passer nos passions avant le reste. Cela demande un engagement personnel immense et aussi une certaine rigueur.

Hell Hina : Que ce soit dans la musique ou le dessin, avez-vous des projets parallèles ?

Lyktwasst : Actuellement, nous nous concentrons sur la musique et aussi les études pour Alea. En dehors, nous n’avons pas véritablement le temps de bâtir des projets parallèles. Nous avons des idées mais nous ne pouvons pas mettre notre énergie partout de la même manière, avec la même implication.

Alea & Lyktwasst : Pour finir, nous tenons tout particulièrement à vous remercier pour vos questions. Cela a été un plaisir pour nous d’y répondre !

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