Portrait Hubert Ben Kemoun

Quatre questions à… Hubert Ben Kemoun

Hubert Ben Kemoun, auteur de nombreux livres de littérature jeunesse, de scénarios pour la télévision, de pièces de théâtre…

Quel genre de lecteur êtes-vous ?
Je crois être un lecteur gourmand. Il ne peut exister une journée sans lecture pour moi. Je lis mes petits camarades de littérature jeunesse (pour mon plaisir, souvent, mais aussi pour avoir l’air moins paumé quand je les rencontre).
Je lis aussi beaucoup de littérature adulte contemporaine. Je ne lis pas de livres historiques, j’ai besoin d’une accroche qui me parle de l’ici et du maintenant. Je viens de terminer avec un réel plaisir « Bon rétablissement » de Marie-Sabine Roger. Un livre juste, fort et puissant, drôle et d’une profondeur rare. Ai lu entre autres cet été « La liste de mes envies » de Grégoire Delacourt, qui m’a beaucoup touché et que j’ai trouvé d’une belle efficacité, mais j’ai préféré du même auteur « L’écrivain de la famille ». J’ai souhaité lire Nadine Monfils (en jeunesse et adulte) : j’ai du mal avec son écriture brouillonne, avec ses scénarios improbables, et pourtant émane de son travail une drôlerie qui me donne envie de persévérer, mais ce n’est pas certain que j’aille beaucoup plus loin, elle ne fait pas référence pour moi dans le domaine du polar, qui reste un de mes domaines de prédilection. Sur ma table de nuit, il y a actuellement « Revolver » (Ed. Thierry Magnier) de Marcus Sedgwick qui me bouleverse et me mène par le bout du nez. Lundi, je vais aller acheter le dernier Toni Morrison (je suis un fan total) et sans doute le dernier Philippe Djian.

Quels sont les auteurs qui sont des références pour vous ?
Georges Perec est un phare, une île, un pays sur lequel j’ai accosté avec bonheur, mais j’avais alors dix-huit ou vingt ans, lors de ma première rencontre avec ce monument fondateur.

Le premier livre, le plus grand jamais écrit au monde c’est : « Oui-Oui et le gendarme ». Je ne me souviens absolument pas de ce qu’il racontait, mais j’ai encore aujourd’hui le souvenir du petit garçon que j’étais, descendant la plage, de ligne en ligne, seul et avec délectation. Fier d’avancer sur la paroi de la page comme un alpiniste sur une paroi vertigineuse. Aussi fier et libre que le jour où l’on a retiré les stabilisateurs de mon vélo, et que j’ai pu rouler sans.

Mes pères en littérature s’appellent Gabriel Garcia Marquez, Mark Twain, William Shakespeare, Balzac, Stendhal, mais pas du tout Proust…J’aime que l’on me raconte des histoires, pas que l’auteur me montre son nombril (voire plus ou pire). Maintenant, vous le savez, une liste ici est si réductrice !

Une lecture – ou plusieurs – en cours ?
J’ai quelque peu répondu un peu plus haut.

Quel auteur – plutôt peu connu – aimeriez-vous mettre en avant ?
Vous voulez dire en dehors de moi, pas toujours soutenu par la critique des journalistes…???

Je pense que Bruno Heitz est un des plus grands auteurs / illustrateurs de ce pays, et je regrette que l’on considère, à tort, son travail juste comme un boulot juste de faiseur de petits bonhommes. Rarement j’ai lu des livres qui parlent avec une si grande justesse de ces anonymes qui vivent dans le no man’s land de leur propre vie, qui sont juste les figurants de leur existence.

Je pense que les aventures de Gaspard Corbin (Ed Rageot) de Stéphane Daniel sont de vrais bijoux pour adolescents et qu’on n’en a pas pas assez parlé. Je pense qu’il mériterait d’être porté vers les mêmes nues que…non, je ne vous donnerai pas tous les noms de faiseurs qui me viennent à l’esprit.

Je pense que je suis un vrai fan du travail de Julia Chausson avec qui j’ai eu le plaisir de dédicacer à Mulhouse, que sa palette est riche et large et qu’il faut le faire savoir. Que Stéphane Sénégas est un immense illustrateur pas assez reconnu. La liste est si longue, hélas.

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