Catégorie : Interviews

QuandLesGroseillesMures

L’univers si singulier et sensible de Joanna Concejo

Tout un monde à découvrir.
Voir sur Ricochet :

http://www.ricochet-jeunes.org/magazine/article/669-joanna-concejo



Auteur Nouvelles

Catherine Ravelli, Interview

En juin dernier, Catherine Ravelli obtenait le Prix de la nouvelle de l’Académie française pour son recueil « Accident voyageur » (La Feuille de thé). Rencontre.

Que pouvez-vous dire à propos de ce recueil ?
Catherine Ravelli : Sorti fin décembre 2011, ce recueil compte 15 nouvelles. Elles sont de taille et de facture un peu différentes, elles courent sur une assez longue période, de la fin du 19e siècle jusqu’à notre époque. Mais toutes ont en commun des personnages qui se leurrent. Ils se leurrent sur des choses très ténues. Ce sont des gens ordinaires, avec des existences banales. Ils vont croire qu’ils sont libres, alors qu’ils ne le sont pas, pensent pouvoir réparer quelque chose, alors qu’ils ne le peuvent pas, etc.

Est-ce que la nouvelle est votre mode d’écriture habituel ?
J’ai toujours beaucoup écrit. Le format court me réussit assez bien. J’écris de façon assez loufoque. J’ai tendance à trouver des titres. C’est le point de départ de mes histoires. C’est comme si le titre était une matrice.

D’autres nouvelles en cours d’écriture ?
J’en ai déjà quelques dans mes tiroirs que je vais peut-être pouvoir sortir et publier, grâce au Prix de l’Académie française. « Accident voyageur » est mon premier ouvrage littéraire publié.
J’avais présenté plusieurs nouvelles à une maison d’édition, il y a six ou sept ans, qui ne les avait pas prises. J’avais mis ça de côté. Et puis, c’est une rencontre avec une voisine qui a tout changé. Elle m’a dit : « J’édite ». J’ai enchaîné en lui disant : « J’écris ». Je lui ai passé mes textes. Elle a dit « Je prends. »

Qu’aimez-vous lire ?
Je suis une lectrice un peu déprimante, butée. Je peux relire quatre fois de suite un livre. Je suis très attachée à la façon dont un récit est agencé. Et plus on relit, plus on découvre les choses, la présence d’un point-virgule ou d’une inversion qui ne sont pas là par hasard et ont leur effet.
Quant aux auteurs que je lis, je peux dire que je suis fan de la littérature allemande. Mais je lis aussi de la BD, des policiers…

« Accident voyageur », de Catherine Ravelli, La Feuille de thé. 189 pages. 22 €.
Pour en savoir un peu plus sur ce recueil, rendez-vous sur le site : http://accidentvoyageur.monsite-orange.fr/
Au 9e salon des éditeurs indépendants L’Autre livre, Espace des Blancs Manteaux à Paris, le 19 novembre 2012, on pourra écouter Claire Chérel lire une nouvelle de Catherine Ravelli, à 17 heures. Il s’agira de la nouvelle Le Porteur (sur la guerre d’Algérie).

Jocelyne Sauvard a publié, en avril 2012, un livre intitulé « Simone Veil, la force de la conviction » (éditions L’Archipel). L’auteur de cette biographie répond à nos questions :

Pourquoi ce livre ?

Jocelyne Sauvard :  » Écrit entre l’automne 2010 et l’été 2011, entièrement revu (et revécu) à l’hiver 2012, publié ce printemps par Jean Daniel Belfond, ce livre m’a habitée
durant plus d’un an. Après parution, Simone Veil ne quitte pas ma mémoire. Il y a plusieurs raisons à cette entreprise. Parce que les combats portés haut par Simone Veil, la santé, la cause des femmes, leur statut professionnel, la justice, la culture, l’éducation, sont aujourd’hui si prégnants, qu’il m’a semblé urgent de revenir dessus. Parce qu’on aimerait entendre à nouveau Simone Veil les défendre pied à pied. Parce que sa lutte pour la vie dans les situations extrêmes est pour nous un exemple toujours neuf alors que la violence et la guerre grondent à deux heures de nos frontières. Parce qu’elle nous amène à une réflexion nécessaire. Enfin parce que son destin est aussi chargé de rebondissements et de mystère qu’un roman.
Ce livre a également des racines ailleurs, plus loin. Dans l’enfance. Cette fois où la télévision rediffusa Nuit et brouillard, la petite fille qui découvrait avec horreur, les charniers, les corps disloqués par milliers, et les regards brûlants de quelques survivants, résiste quelque part en moi. Le spectacle de la douleur infinie, de l’irrémédiable, de l’indicible, s’inscrit définitivement. Même si on ne l’a pas vécue, savoir qu’eut lieu l’incompréhensible entreprise d’extermination d’hommes de femmes, d’enfants juifs et tsiganes bouleverse à jamais l’éthique que chacun porte en soi. Oblige à en parler, se questionner.
Pour apporter des réponses, il y a eu des livres. Et à l’adolescence, d’autres livres encore (Treblinka) et des reportages, des émissions, des articles, la rencontre avec un ancien déporté qui racontait les camps. Et l’envie d’en parler un jour. Puis en novembre1974, Simone Veil est apparue pour la première fois à la télévision. Elle défendait « avec la plus grande conviction » la dépénalisation de l’IVG. « C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser » scandait la toute nouvelle ministre de la Santé. L’intensité de cet engagement et de ce regard scintillant ne vous lâchent jamais plus.
Durant près de quatre décennies, Simone Veil a continué à se battre. Pour la liberté, l’adoption, l’Europe, le devoir de mémoire, la Ville et les banlieues, la connaissance. Un jour, elle s’est mise à écrire. Comment alors ne pas consacrer du temps à faire son portrait, à noter ses actions, sa pensée ? En dehors de la légende et des succès, Simone Veil n’incarne-t-elle pas l’indépendance ? Mais aussi le chemin d’une femme d’aujourd’hui, avec ses fragilités, ses doutes, ses passions, ses révoltes ? Quarante après, Simone Veil est toujours la femme de la situation », elle fait l’actualité. La raison ? Une manière d’être, de raisonner, d’anticiper.
« Son regard vient de loin », écrit Philippe Sollers, « on ne sait de quelle épreuve sans nom, et va plus loin que la scène présente.  »

Comment avez-vous procédé ?

« Un regard sur la trajectoire de Simone Veil fait naître forcément des questions. Après la déportation et la perte des siens, où a-t-elle trouvé la force de résister ? Fonder une famille ? Accéder au pouvoir ? Et quel est le secret de sa ténacité ? de son image ? Comme chaque femme, ne connaît-elle pas aussi des hésitations, des embûches, des découragements ? Pour tenter d’apporter quelques réponses, je suis allée à la rencontre de celles et ceux qui l’ont côtoyée. Les éclairages croisés sur sa trajectoire, apportent des points de vue, du relief. Il m’a fallu aussi faire des recherches, éplucher des dossiers, notamment sur son action dans le domaine très discret de la justice. Accumuler de la documentation sous toutes ses formes. Marcher sur ses traces. Paris, Strasbourg, Nice, Drancy, Auschwitz Birkenau…
On ne revient pas léger du voyage aux lieux de mémoire.
J’ai pensé qu’il fallait replacer Simone Veil au cœur de notre monde dans le contexte temporel, politique, historique et socioculturel. On l’y suit. On fait un retour sur sa jeunesse, ses parents, ses frère et sœurs, ses amies, Auschwitz, Birkenau, Bergen-Belsen. On l’accompagne en famille. Tranches de vie d’une femme libre qui accède aux plus hautes responsabilités, traite avec les chefs d’État, s’impose à ses confrères, parcourt l’Europe, entre à l’Académie française…
Cet accent de vérité qui nous émeut ne cache pas les facettes contrastées de sa personnalité. Et donner à voir son portrait n’exclut pas l’objectivité. La « bonne longueur », la liberté indispensable à l’écriture est donnée par la distance même qui évite d’interpréter. »

Et la rencontre avec Simone Veil ?

« J’ai suivi avec passion les avancées de Simone Veil depuis qu’elle est l’actrice principale de la cause des femmes. Lors des interventions publiques où je suis allée l’écouter, et par la suite au cours des rencontres autour de son livre – Une vie – j’ai toujours été frappée par l’engagement de Simone Veil. Cette même force de conviction, son accueil, quand je suis allée la trouver à l’Assemblée nationale pour lui demander de me recevoir, m’ont beaucoup touchée. En dépit de son vouloir, son emploi du temps surchargé ne nous a permis qu’un échange épistolaire. Mais l’empathie qu’elle m’a transmise m’a soutenue tout du long de la rédaction du livre. Et m’a permis d’emprunter des pistes pour approcher de l’essence du « mystère Veil », en laissant quand même une part à la réflexion de chaque lecteur.
Une certitude : Simone Veil œuvre pour les générations d’aujourd’hui et de demain. »